Pour , la crise au PDCI est une conséquence de la clarification des positions politiques, « dans un pays où le double jeu, le mensonge, la fourberie ont longtemps été l’apanage des politiciens ». Décryptage.

A mon avis (et je peux me tromper), ce qui se passe actuellement au PDCI est une conséquence de la clarification des positions des politiciens, que nous appelons depuis quelque temps. Certains y voient une crise qui pourrait mettre à mal la stabilité politique, moi j’y vois la fin d’une époque, d’une école, d’un fonctionnement qui semblait banal, mais qui, à la réalité, était abject, obscurantiste.

En effet, nous sommes à une étape cruciale de clarification des positions politiques, dans un pays où le double jeu, le mensonge, la fourberie ont longtemps été l’apanage des politiciens. Nombreux parmi eux n’hésitaient pas à « manger » (l’expression est de Bacongo) à droite, tandis qu’ils dénigraient à gauche et vice-versa.

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Le temps de la clarification des positions est en train de faire jeter leurs masques de duplicité à tous ceux qui ont ainsi fonctionné et qui ont eu du succès. L’heure est donc venue au PDCI pour que chacun assume et s’assume. La question est simple : choisit-on le PDCI ou le RHDP ? Daniel Kablan Duncan a déjà choisi, il s’est tiré une balle dans les pieds, parce qu’il vient de s’exclure de la short-list des potentiels présidentiables du PDCI.

« De fait, Bédié place au pied du mur de leurs responsabilités, les autres potentiels présidentiables du PDCI : Jeannot Ahoussou-Kouadio, François Amichia, Patrick Achi, Charles Koffi Diby, Thierry Tanoh »

Il ne lui reste plus que l’espoir du RHDP où l’attend fermement le dauphin putatif d’Alassane Ouattara, qui n’est personne d’autre que Amadou Gon Coulibaly. Ne nous voilons pas la face, tout ce que le Président a fait jusque-là, c’était pour dégager le terrain à ce dernier, nul n’est dupe. Mais cette méthode violente dessert justement le dauphin dont la popularité est plus que problématique (euphémisme pour ne pas employer un autre qualificatif). J’y reviendrai.

Si le candidat que Duncan soutient aux municipales est battu par Georges Ezaley (PDCI) à Grand-Bassam, celui-ci pourra définitivement mettre une croix sur son ambition présidentielle, surtout que Ouattara a déjà affirmé qu’il laisserait la place à une « nouvelle génération ». Duncan n’est pas la « nouvelle génération ». Pas plus que Gon du reste…

A l’issue du congrès extraordinaire du PDCI, de lundi prochain, les positions devront être davantage clarifiées. De fait, Bédié place au pied du mur de leurs responsabilités, les autres potentiels présidentiables du PDCI : Jeannot Ahoussou-Kouadio, François Amichia, Patrick Achi, Charles Koffi Diby, Thierry Tanoh. Les positions de Jean-Louis Billon et de Charles Konan Banny étant connues et conformes à la tendance générale de la base du PDCI.

PDCI : l’heure des choix

L’équation ici encore est simple. Celui qui n’ira pas au congrès sera désormais grillé au PDCI et devra se contenter de strapontins au RHDP unifié, un parti fédérateur qui ne verra, du reste, jamais le jour parce que personne ne voudra se hasarder à prononcer la dissolution du RDR.

Celui qui s’y rendra et défendra la cause du RHDP se grillera auprès des congressistes. Or celui parmi ses hauts cadres cités plus haut qui prendra des positions ant-RHDP, devra assumer vis-à-vis de Ouattara qui aura un œil braqué sur ce congrès extraordinaire. L’heure de la clarification des positions a vraiment sonné au PDCI et elle va emporter tous ceux qui défendront une position ambivalente.

« tôt ou tard, et avant 2020, le clan Soro devra clarifier sa position au sein du RDR. Et si je ne m’abuse, cette lutte interne sera plus féroce que celle au sein du PDCI »

Comme cette heure avait déjà sonné au FPI. En effet, le parti de Laurent Gbagbo est déjà passé par là. La question était simple : tourner ou non la page Gbagbo ? Le camp Aboudramane Sangaré a opté pour le statu quo. Celui d’Affi N’Guessan, pour le combat autrement. La base est avec Sangaré, une partie de l’élite avec Affi. Au FPI, les positions sont désormais claires.

Mais il ne faut pas s’y méprendre. Ce temps de la clarification arrivera pour le RDR et ce temps est proche. Il s’agira de choisir entre la continuité avec Amadou Gon Coulibaly ou le « changement » (à mes yeux, Soro ne représente pas le changement, vu ses méthodes elles aussi violentes et usitées) avec Guillaume Soro. A mon avis (et je peux encore me tromper), plus le temps passe, plus le RDR diffère cette crise latente, et moins cela va l’arranger pour 2020.

Lutte « féroce » future au RDR

La raison est simple : à l’issue de son congrès, va former une équipe de fidèles, clairement anti-RHDP, clairement opposants et c’est de cette équipe que sortira le prochain candidat du PDCI. Bédié et les siens ont le temps de réagir face aux dissidences et désertions, le RDR risque de ne pas avoir ce temps. De sorte qu’il ira à la présidentielle, dans la confusion, sans avoir soldé son contentieux.

Or tôt ou tard, et avant 2020, le clan Soro devra clarifier sa position au sein du RDR. Et si je ne m’abuse, cette lutte interne sera plus féroce que celle au sein du PDCI. La raison est simple : à lui tout seul, Guillaume Soro est plus populaire que tous les dissidents du PDCI réunis. Qui vivra verra !

André Silver Konan

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