décrypte le départ de la , d’ et fait un parallèle avec le phénomène des migrants. Lisez.

Imaginez le directeur général de Fraternité Matin quittant son poste pour aller être chef du service politique au journal français Le Monde. Cela ne vous ferait sans doute pas rire ? Et pourtant, c’est à peu près ce qui s’est passé. Je m’explique.

Qu’un jeune directeur général d’une entreprise publique nationale, présentée comme l’une des plus prisée (la RTI) de la Côte d’Ivoire, en l’occurrence la RTI, choisisse de quitter son poste, sans contrainte (contrairement aux PCA dont le mandat ne peut excéder six ans, ce qui, de toute évidence, est royalement méprisé par le gouvernement d’Alassane Ouattara, doué dans sa propension à mépriser les textes) pour aller être directeur des opérations dans un groupe fusse-t-il français, est un aveu d’échec dans la gouvernance publique.

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C’est comme si un Président africain préférait quitter son poste, pour aller être membre du gouvernorat de Californie. Certes, ce n’est pas la faute à celui qui veut quitter une situation enviable manifestement factice, pour poursuivre ses ambitions personnelles. Mais c’est pour juste attirer votre attention sur la condamnation que certains font, aussi facilement, de jeunes migrants, qui vendent tous leurs petits biens dans nos pays de misère en Afrique, pour se lancer sur les eaux meurtrières de la Méditerranée et les vents assassins du Sahara.

« Parce qu’il répondra sans doute qu' »Eranove est mieux », comme ces jeunes migrants vous diront que « Bingue est mieux » (ASK)

Si vous ne comprenez pas pourquoi des jeunes gens préfèrent aller risquer leurs vies en occident, alors qu’ils se « débrouillaient » en Afrique, je vous dis simplement, regardez Ahmadou Bakayoko. Il a préféré partir parce que même la direction générale de la RTI, ne lui offrait pas assez de perspectives pour sa jeune carrière.

Manque de perspectives

Les jeunes Africains cotisent pour partir, moins parce qu’ils n’ont pas d’emplois (précaires), mais bien parce que dans leurs pays respectifs, ils sont condamnés à rester vendeurs d’habillages de cellulaire, gérants de cabines téléphoniques, aboyeur des gares routières. Avec cela, personne ne peut envoyer son fils dans une école réputée du pays. Le phénomène des migrants africains se résume en trois mots : manque de perspectives.

Il en est du jeune qui ne voit pas se dessiner de perspectives lisibles dans sa vie, qui part à l’aventure, comme de ce jeune top manager de l’une des plus puissantes entreprises publiques du pays, qui préfère aller être manager subalterne dans une multinationale française. Pourquoi ? Parce qu’il répondra sans doute qu' »Eranove est mieux », comme ces jeunes migrants vous diront que « Bingue est mieux ».

Je répète : les premiers responsables de la mort de nos frères sur les routes incertaines de l’aventure européenne, ce sont nos dirigeants qui ont échoué à présenter des perspectives d’avenir à leurs jeunesses, mais qui jouissent sans limites du pouvoir, utilisent les fonds publics comme ils l’entendent, inscrivent leurs enfants dans les meilleures écoles occidentales, vont se soigner dans les meilleurs hôpitaux de la planète, avec l’argent que nous cotisons et qui se moquent royalement de réformer l’enseignement dans leurs pays, d’y assainir le système sanitaire, etc.

Ce sont ces femmes et hommes méchants et égoïstes qui poussent nos petits frères et petites sœurs à partir. Personne d’autre d’autre n’est responsable des morts en Méditerranée. Parce qu’en fin de compte, ces jeunes Africains qui partent ne sont pas aussi idiots pour devenir subitement suicidaires.

André Silver Konan