Au deuxième jour des audiences à la Cour pénale internationale () dans le procès visant à analyser la demande de « non-lieu total » introduite par l’équipe de défense de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, le substitut du procureur a fait, ce mardi 2 octobre 2018, un long exposé, visant selon lui à démontrer « la responsabilité » des accusés dans les faits qui leur sont reprochés. Larges extraits.

« La majorité des victimes ayant été brûlées, l’ont été après identification aux barrages routiers. Il s’agissait des populations du nord et d’africains de l’ouest, du Mali et du Burkina Faso. Tous ces facteurs montrent que les civils considérés comme des sympathisants de Ouattara faisaient l’objet premier de ces attaques.

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Les jeunes pro-Gbagbo et les milices pro-Gbagbo identifiaient les individus sur la base de suspicions motivées par des individus, sur la base de suspicions motivées par des éléments nationaux, politiques, ethniques ou religieux.

L’utilisation des barrages routiers montrent bien qu’il s’agissait de populations particulières plutôt que d’individus en particulier qui faisaient l’objet de ces attaques ciblées. Cela montre bien aussi que c’étaient des civils plutôt que des combattants qui étaient ciblés ».

« Quatrième schéma »

Le quatrième schéma de comportement c’est a dire les tirs sans discrimination dans les zones à forte démographie visant les supporters de Ouattara étaient dirigés contre la population civile et c’est ce que l’on peut voir en particulier dans les incidents qui leurs sont reprochés le 3 mars et le 17 mars. En particulier concernant l’incident du 17 mars aucune mesure n’avait été prise pour minimiser le nombre de victimes chez les civils. Bien au contraire, l’on a pu constater que ce type de situation se répétait.

Monsieur Blé Goudé a dit auparavant dans sa raquette que l’activité des groupes armés d’opposition réfute cette organisation politique et Monsieur Gbagbo semble arriver du même  fait que dans ce qu’il a dit l’annexe 3 paragraphe 631 à savoir  que sur les FDS qui ont été attaqués et que ceci montre qu’il n’y avait pas de plan pour attaquer la population civile.

Des groupes armés d’opposants étaient présents à Abobo et en fait ils ont attaqué les FDS sur place mais leur présence et leur activité à Abobo ne réfute pas le fait que les forces pro-Gbagbo ont dirigé une attaque contre la population civile perçue comme étant des sympathisants a Ouattara à Abidjan.

« Attaques dirigées »

La population civile était l’objet premier de l’attaque mais ceci ne signifie pas en réalité la cible exclusive. De la même façon les forces pro-Gbagbo pourraient mener une attaque contre la population civile, tout en s’engageant simultanément dans une réponse aux activité d’un groupe armé. Même en supposant qu’il y avait un objectif militaire sous-jacent aux opérations des FDS à Abobo ceci n’exclut nullement que la population civile était la cible première ».

« Comme je viens de l’indiquer en détail en abordant ces schémas de conduite, la façon dont l’attaque a été menée par les forces pro-Gbagbo montre en fait que ces attaques étaient dirigées contre la population civile considérée comme sympathisants de M Ouattara. De ce fait l’on peut considérer qu’il existe une politique pour commettre une telle attaque. Regardant les groupes armés d’opposition y compris la présence du Commando invisible,  nous avons expliqué au paragraphe 340,353 à 358 de notre réplique écrite, que cela montre également que l’attaque était dirigée contre la population civile. Ce sont-là des éléments qui montrent que la nature de la menace de ces groupes représentaient deuxièmement les moyens utilisés pour les combattre et troisièmement l’absence de moyens préventifs pour protéger les civiles. Ces facteurs montrent en réalité que la population civile était l’objet premier de ces attaques.

Karina Fofana

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