En Côte d’Ivoire, l’annexe fiscale 2018 suicidaire aux dires de la majorité des Ivoiriens, n’a entraîné aucune contestation manifeste. Et notre chroniqueur de s’interroger face à la « passivité suicidaire » des Ivoiriens. Déguerpissements impunité prisonniers politiques pauvreté Côte d’Ivoire

Et pourtant, nos peuples peuvent sortir de leurs léthargies. Au Niger, plusieurs milliers de personnes ont manifesté, en février 2018, à Niamey et dans les grandes villes pour exiger l’abrogation de la loi de finances 2018, qu’elles jugent antisociale.

Des populations sans réaction et la mort dans l’âme

En Côte d’Ivoire l’annexe fiscale 2018 suicidaire aux dires de la majorité des Ivoiriens, n’a entraîné aucune contestation sinon quelques paroles fortes des milieux d’affaire.
Au Burkina et au Togo les peuples ont défié des régimes vieux respectivement de plus de vingt sept et quarante ans. Dans leurs volontés d’émancipation et de bien être, ces peuples ont décidé d’exercer dans la rue leurs pouvoirs souverains avec diverses fortunes.

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En Côte d’Ivoire, un Régime âgé de seulement 7 ans mène une politique économique libérale au visage hideux. Selon la doxa, les populations restent sans réaction et subissent une vie médiocre la mort dans l’âme, parce que tétanisées par l’histoire récente de notre pays.

Innocent Gnelbin, président de 2IDé
Innocent Gnelbin, président de 2IDé

Les peuples de Côte d’Ivoire donnent l’impression d’être différents de ceux des pays frères. Ils semblent se plaire dans cette passivité suicidaire. En vérité, nos populations sont fatiguées et ce n’est pas qu’ils ne désirent pas voir améliorer leurs quotidiens. Ce n’est pas aussi qu’ils ne savent pas le nécessaire combat de masse pour atteindre un tel objectif. D’ailleurs notre histoire nous enseigne qu’à bien des époques, les peuples de ce Pays ont su s’élever au niveau de leurs volontés d’émancipation.

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Houphouët-Boigny et la lutte pour le pain et l’émancipation

En 1893 la Côte d’Ivoire devient une colonie française. Elle subit une administration de type direct qui permet le contrôle du territoire et de ses habitants. Ainsi, cette administration instaure le travail forcé (1941-1946) qui va imposer un rythme de travail infernal, une exploitation inhumaine des peuples et des richesses de la colonie. Plusieurs peuples vaincus et soumis vont exécuter le plan du colon et subir son administration dans la résignation. A cette époque il n’y avait pas les moyens de communication moderne pour faire de la propagande et de l’agitation.

Plusieurs démocrates dont le plus connu, Houphouët Boigny vont travailler pendant deux décennies à éduquer et organiser les masses autour de la lutte pour le pain et l’émancipation, organisés au sein du syndicat agricole africain (SAA) puis du Rassemblement Démocratique Africain et de bien d’autres groupes politiques. Le travail politique sera fait avec les populations au cœur du processus d’exploitation coloniale, les agriculteurs. Ainsi, sur ces bases, ces démocrates ont pu élever le niveau de conscience politique des peuples et leurs niveaux d’organisation. Toutes choses qui donne lieu à des luttes fermes des peuples contre le colonisateur et qui aboutit à la décolonisation en 1960.

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Le parti unique uniquement savamment implanté en Côte d’Ivoire

Enrichi par l’histoire qui est la sienne, quoique fortement nuancée par son rapprochement avec le colonisateur, après la décolonisation, Houphouët et son système « inique » vont s’établir et se renforcer dans le temps. Qui pouvait penser défier le Vieux, là ou des « complots » et d’autres ont très vite été étouffés dans l’œuf (Guebié – Samwi etc.) ? Le parti unique et sa pensée était savamment implantés dans la conscience populaire. Houphouët était un dieu pour une bonne majorité d’Ivoiriens.

Patiemment, consciemment des démocrates dont le plus connu, ont œuvré hameau après hameau à élever le niveau d’éducation politique des peuples et leur niveau d’organisation. Sur la base de lutte pour l’instauration du multipartisme et de la démocratie, ils ont mené un travail conscient qui a pris corps dans tous les secteurs sensibles de la nation. Notamment les enseignants et les étudiants, bases essentielles des soulèvements qui ont suivi. Cette approche a permis de réunir les conditions pour une ‘‘révolte’’ sur le territoire national des étudiants et élèves, qui ont contraint le Vieux à déclarer le multipartisme en 1990. Ces démocrates qui ont travaillé sur des bases politiques appropriées (vision, éducation et organisation) ont fini par accéder au pouvoir en 2000. Quoique l’on pourrait aussi épiloguer sur certains aspects de leur gouvernance.

Le niveau d’éducation faible face aux enjeux de l’époque actuelle

Depuis quelques années, le travail d’éducation politique pour élever le niveau de conscience des peuples et les aider à s’organiser n’existe quasiment plus chez bon nombre d’acteurs politiques. Résultat la plus part des forces sociales sont dans des luttes populistes et/ou de compromissions. Nous sommes dans une telle vérité en 2018 ou le niveau d’éducation face aux enjeux de l’époque actuelle est faible, que tout changement profond reste compromis.
En effet quel sont les enjeux de notre ère?

Quels sont les acteurs du changement et le type d’approche politique qui est le leur ?

« La Côte d’Ivoire est à la fin d’un cycle, celui du clanisme, du tribalisme, de la mal gouvernance au service des intérêts des élites dirigeantes »

Ce système finissant, qui contient les germes de sa destruction, amplifie les rivalités au sein de la classe politique traditionnelle. Rivalités qui se transforment bien souvent en crises armées. Chacun voulant accéder au pouvoir pour se tailler la part de lion.
L’enjeu de notre époque est donc celui de bâtir une nation une et indivisible socle d’un développement durable et donc partagé, sur la base d’un Etat moderne et démocratique. Tout engagement politique minimal, d’éducation et d’organisation doit avoir une ligne qui s’articule autour de cet enjeu.

Si les démocrates des luttes d’indépendance et de multipartisme ont assumé leur histoire, qu’en est-il des démocrates de l’époque actuelle.
Le discours qui est le leur, se résume en « 2020 c’est notre temps ». Cette expression est-elle un programme de société ? pourtant elle résume bien tout une démarche politique qui se résume en :
• Prendre l’ascenseur,
• Etre opportuniste,
• Etre populiste,
• L’absence d’éthique,
• L’amour de la facilité.
Quel est donc ce type de démocrate qui refuse de souffrir et d’assumer les défis inhérents à son époque ? défis, qui si pas relevés peuvent entrainer le Pays dans un état de sclérose.
Démocrates, qui préfèrent raser les murs que de prendre sur eux leur part de sacrifice inhérent à tout progrès.

Le régime actuel et les autres avant lui, c’est une époque et une histoire. Tant que les démocrates actuels, jeune ou vieux, continue d’adhérer à la théorie de la facilité, ils leur laisseront toujours l’initiative des premiers rôles. Si vous aimez l’ascension facile et que vous n’en avez pas les moyens, ne soyez donc pas étonnés que ceux qui en ont, vous utilisent constamment pour satisfaire leurs soifs de pouvoir.

Il n’y a pas de magie en politique

Nous ne pouvons pas en vouloir à nos peuples qui refusent de se battre, si ceux qui doivent les y guider sont presque tous dans la compromission. Si ceux qui doivent les y conduire ne savent même pas les enjeux de leurs époques et surtout le rôle si important d’avant gardiste qu’ils doivent incarner. Comment éduquer et organiser nos peuples pour assumer notre histoire si nous-mêmes sommes fortement compromis.

Les peuples ne vont pas en lutte sans une direction éclairée, sinon le mouvement finit par échouer dans le statu quo.
Il n’y a pas de magie en politique et tant qu’on pensera que c’est par des coups de baguette magique qu’on va changer le système actuel dont la plus grave manifestation est le chaos social, nous nous réveillerons chaque matin fortement désillusionné.
Heureusement rien n’est encore perdu…

Innocent Gnelbin
Président 2IDé

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