Nous l’avons tous entendu au palais présidentiel, le lundi 7 janvier : le chef de l’Etat, , en recevant les vœux du nouvel an, a dit que la , « fruit d’un large consensus de tous les acteurs politiques de premier plan » du pays, a brillamment organisé, depuis 2010, sept (07) élections en Côte d’Ivoire, y compris le référendum constitutionnel de décembre 2016, et que le président de cette , , est « une fierté » pour lui. C’est pourquoi, « Le consensus qui a été obtenu (pour cette ) ne saurait être remise en cause », a-t-il fait savoir.

Le chef de l’Etat ne pouvait dire les choses autrement, puisque toutes ces élections, qu’il évoque avec tant de satisfaction, lui ont été favorables. On verra comment il pourrait se déchaîner et se braquer contre le changement, quand la girouette politique tournera en faveur de la démocratie. Donc, quand il se réjouit de cette façon triomphaliste, on voit bien qu’il a, aujourd’hui, le beau rôle, en ne tarissant absolument pas d’éloges à l’endroit de cette institution électorale qui a, pourtant, perdu de sa superbe, quant à la crédibilité et à la légitimité qu’elle n’a plus, au regard de la vie politique intérieure actuelle de notre pays.

Au regard, justement, de la situation politique intérieure actuelle de la Côte d’Ivoire, nous disons que nous ne pouvons, malheureusement, être aussi enthousiastes que notre chef d’Etat. Si la CEI actuelle, dont il s’auréole, est une fierté pour lui, elle est une grosse plaie, une gangrène cancérigène pour le pays.

Ce qu’il ne faut surtout pas perdre de vue, et nous voulons ici le rappeler au chef de l’Etat, c’est que le sentiment populaire que donne, aujourd’hui, cette institution électorale, est qu’elle a perdu la confiance du peuple, à cause, justement, de la compromission politique de cette CEI avec l’Exécutif, alors même qu’on la supposait indépendante.

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Le chef de l’Etat a aussi dit avoir entendu beaucoup de choses dites contre cette CEI. Oui, nous les disons, tous les jours, ces choses critiques contre la CEI, notamment les récriminations sur cette sorte de « loyauté » filiale dont elle se fait le devoir à l’égard de l’obédience politique incarnée par l’Exécutif ivoirien, affinité qu’on s’explique mal, surtout avec les propensions de brigandage électoral développées à l’occasion des dernières élections locales (municipales et régionales) du 13 octobre 2018.

« Une plaie aussi pourrie, putréfiée, purulente et non soignée, telle que l’est « sa » CEI actuelle »

Mais quand, nous opposition, parlons de réforme en profondeur de cette CEI, et que le chef de l’Etat ne parle, lui, que de la seule et simple recomposition de cette CEI, on se demande bien s’il veut que les récriminations formulées changent. On se demande bien s’il veut accepter de faire changer quoique ce soit concernant cette CEI qu’il adule.

Or donc, c’est parce que la mouture actuelle de cette CEI, qui a organisé 7 élections en sa faveur, lui plaît au point de faire sa fierté, à lui seul, fierté d’homme au pouvoir, qu’il ne parle pas, du tout, le même langage de la réforme telle que voulue par l’opposition du pays.

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Ce serait aussi parce qu’il est assuré de procéder à une simple recomposition de la CEI, qu’on verra liguée encore à son seul et unique profit, qu’il a également dit, au palais présidentiel, ce même lundi : « Il n’y aura rien en 2020 (…) 2020 se passera bien, et même très bien ! (…) J’entends beaucoup d’inquiétudes au sujet des élections de 2020 (…) Pour ma part, je suis confiant et je veux vous dire que les élections de 2020 se passeront très bien. Je fais confiance aux Ivoiriens et à nos Institutions. Les élections de 2020 se passeront très bien (…) Arrêtons de nous faire peur et de dire qu’il y aura des problèmes en 2020 (…) Je tiens à la stabilité et à la paix dans notre pays. Vous pouvez me faire confiance (…) Nul ne sera en mesure de troubler cette paix tant que je serai à la tête de la Côte d’Ivoire », a longuement martelé le chef de l’Etat. Soit.

Les Ivoiriens voudraient, les yeux ronds, prendre le Chef de l’Etat aux mots, pour que 2020 se passe effectivement très bien, mais en leur faveur, en faveur de la démocratie et de l’alternance politique. On verra s’il va continuer à être si enthousiaste, quand l’alternance politique sera le résultat implacable de la présidentielle de 2020.

Mais comme il dit que « nul ne sera en mesure de troubler » sa quiétude  « tant qu’il est à la tête de la Côte d’Ivoire », ce qui signifie qu’il prépare sa longévité au pouvoir, va-t-il imposer manu militari, aux Ivoiriens, « sa » recomposition de cette CEI dépassée, avariée et indigeste, pour que « 2020 se passe bien, et même très bien », comme il le rêve ? Y a-t-il de la fierté à exhiber, à tous, une plaie aussi pourrie, putréfiée, purulente et non soignée, telle que l’est « sa » CEI actuelle ?

Sylvain Takoué

Président du Rassemblement des Fiers Ivoiriens (R.F.I.)