C’est une information qui paraît cocasse. Des militaires radiés en Côte d’Ivoire, pour n’avoir pas pu prouver leur . C’est le ministre de la Défense lui-même qui a fait cette révélation, lors d’une audition à l’assemblée nationale.

« Nous nous sommes rendus compte qu’avec la réunification de l’armée et la manière dont on a récupéré tout le monde, il y avait certains qui n’arrivaient pas à prouver leur nationalité. Nous en avons sorti et nous avons fait un enrôlement biométrique. Je peux vous dire qu’il y a certains qui ne se sont pas présentés. Ils ont préféré quitter les rangs. Parce qu’ils savaient que s’ils mettaient leurs empreintes, peut-être qu’elles n’allaient pas correspondre », a lâché devant les députés réunis le 5 novembre 2018.

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En juin 2017, le président Alassane Ouattara avait pris une ordonnance, sans passer par l’assemblée nationale, encore moins par le conseil des ministres, pour donner des pouvoirs exceptionnels au général Sékou Touré, chef d’état-major des armées, et au général Nicolas Kouakou, commandant supérieur de la gendarmerie.

Dans cette ordonnance de sept articles, prise dans un contexte post-mutineries du premier semestre 2017, le chef de l’Etat donnait pouvoir à ces deux officiers généraux de procéder à la radiation de tout militaire ou gendarme sur simple « rapport de son supérieur hiérarchique, en cas de flagrance dans la commission de fautes contre l’honneur et la morale ». Cette ordonnance autorisait aussi la radiation, en cas d’absence non justifiée, pendant quinze jours (une décision qui frappe actuellement le militaire pro-Soro aujourd’hui en exil, Salif Traoré, dit Commandant Tracteur) ou quand le soldat « ne fait pas la preuve de sa nationalité ivoirienne ».

Ivoirité du

Le Rassemblement des républicains (RDR) avait fait de son combat contre l’Ivoirité, le cœur de son positionnement sur l’échiquier politique en Côte d’Ivoire. Ce concept créé par Henri Konan Bédié, alors aux affaires, était à l’origine une initiative culturelle, visant l’identité ivoirienne. Cependant, des glissements sur le plan politique sont vite survenus, au point où l’Ivoirité est apparue comme une arme d’exclusion visant Alassane Ouattara et des personnes soupçonnées d’être étrangères.

Récemment, le débat autour de l’Ivoirité a ressurgi, alors que sur les réseaux sociaux, un groupe d’activistes a créé le concept « Ivoirien d’abord », soulevant le courroux de plusieurs responsables du RHDP. Alors que Bédié a renoncé publiquement à l’Ivoirité, dans une sortie de son fidèle secrétaire exécutif Maurice Kakou Guikahué qui a estimé que « Bédié a dépassé tout ça », Jean-Louis Billon () pense que « c’est un montage du RDR pour continuer à exister ».

« Imaginez qu’une telle mesure ait été prise par Bédié ou par Gbagbo, visant directement des soldats non Ivoiriens. Imaginez ce qu’aurait été la réaction du RDR, ses responsables auraient crié sur tous les toits, à l’Ivoirité et comme à leur habitude, allaient mobiliser une partie de l’opinion, dans un pays qui compte 26% d’étrangers », a conclu un journaliste proche du FPI.

Elvire Ahonon

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