Daniel Kablan Duncan a été hué au bureau politique du PDCI le 17 juillet 2018

Bien référencé au plan international, apparaît dès lors comme le successeur naturel. Travailleur infatigable, modéré politiquement, il s’est jusqu’à une certaine période abstenu des déclarations ou propos incendiaires et autres invectives. Concentré à poursuivre un seul but, l’hypothétique émergence au cap 2020.

Son patron dira de lui  » l’émergence à l’horizon 2020, c’est l’affaire de Duncan ». Chantre de la croissance à deux chiffres, pour le premier ministre qu’il était, la feuille de route était toute dressée. Il y croyait malgré les railleries de bon nombre d’ivoiriens qui y voyaient un voeu pieux. Il a consacré toute son énergie à cet objectif, jusqu’à être mis sous l’éteignoir sans avoir véritablement vu venir ce coup venant de celui qui a toujours été son mentor.

Premier acte: la révision de la constitution. En 2016, la Côte d’Ivoire se dote d’une nouvelle loi fondamentale. Elle consacre l’avènement du poste de vice-président et surtout la levée du bouclier de l’âge de 75 ans. Naturellement, Daniel Kablan Duncan qui aura 77 ans en 2020, est élevé à ce rang. Une ascension, mais qui n’est pas sans revers. il perd la main sur les dossiers au profit de alors Secrétaire général du gouvernement. La stratégie Ouattara est en marche. Le compte à rebours est déclenché. Gon Coulibaly doit se faire connaître à l’international et démontrer aux Ivoiriens son aptitude à gérer le pays. Il a les mains (presque) libres, les coudées franches. Son heure a sonné.

Deuxième acte: la crise Duncan-. Tout commence par une divergence sur l’interprétation de l’appel de . Henri Konan Bédie réclame une candidature au sein du pour la présidentielle 2020. Ouattara rétorque : « c’est celui qui aura fait preuve de ses aptitudes à diriger le pays qui va me succéder ». Il réussit à discréditer son ex-allié de l’aventure de l’hôtel du Golf, en lui collant l’image du sectariste, celle d’un homme qui veut imposer un proche avec pour seul mérite d’appartenir à son ethnie, pis ou mieux à son cercle familial de Daoukro. Duncan n’en fait pas partie, il déserte alors le domicile de Bédié, également la maison du , siège de son parti.

A lire aussi : Bictogo répond à Duncan : « Il n’y a pas de débat, le 26 janvier le parti politique RHDP naîtra »

Duncan se rapproche davantage de Ouattara, persuadé que ce dernier mène bataille pour lui. Erreur. Quand Bédié décide de mettre fin au mariage PDCI-RDR, donc de sortir du RHDP, Duncan tout feu tout flamme lance à Grand Bassam sa terre natale : « Je suis RHDP des pieds à la tête ». Il est ainsi pris au piège. Il vient de se faire hara-kiri au sein de son propre parti. Bédié et le PDCI ne lui pardonneront pas cette sortie, ce désaveu. Le divorce Bédié-Duncan est scellé. Comble de l’ironie, en se grillant au PDCI, Duncan se « vend moins cher au RDR ». En effet, grillé au PDCI, Duncan ne représente plus une menace pour le candidat putatif du RDR qu’est Gon. Surtout qu’il a du mal à peser de tout son poids pour faire élire le candidat du RHDP à la mairie de Grand-Bassam, son fief électoral supposé.

Ouattara peut alors donner l’onction à Amadou Gon Coulibaly, un allié redevable mais sûr, présenté comme le plus fidèle des fidèles, et l’homme de tous les combats et de toutes les batailles qui ont conduit le RDR au pouvoir. Duncan refuse cette « mort », il tente de renaître en s’appuyant sur un mouvement appelé . Il allie à sa cause quelques ministres et cadres issus des rangs du PDCI qui disent non à la rupture.

L’idée: se positionner au centre, œuvrer à un rapprochement des deux ex-alliés et espérer être l’homme du consensus le cas échéant. De son côté, Bédié qui livre assurément la dernière bataille de sa vie, tente de se rapprocher de la gauche, principalement du FPI dans le cadre d’une plateforme de partis politiques.

L’autre inconnue dans cette équation politique reste l’ex-leader de la rébellion Guillaume Soro dont les bisbilles avec le président restent un dépit amoureux, dû au fait que ce dernier lui préfère Amadou Gon. Ses fréquentes visites à Bédié sont insuffisantes pour affirmer une alliance entre les deux hommes.Toutefois, son absence ou sa présence au congrès du RHDP prévu le 26 janvier 2019, apportera le faisceau de lumière suffisant pour éclairer l’opinion sur son choix.

Samuel Tigré