La plateforme de l'opposition ivoirienne sur la CEI
La plateforme de l'opposition ivoirienne sur la CEI

L’opposition ivoirienne face à la presse : « Il faut que le gouvernement respecte l’arrêt de la Cour africaine ». estime que la Côte d’Ivoire devrait s’inspirer du modèle ghanéen.

Le Secrétaire exécutif du PDCI-RDA, porte- parole des  partis de l’opposition réunis sur la question de la réforme de la , a échangé avec les journalistes. Maurice Kakou Guikahué a donné des précisions sur les motivations de l’opposition quant à la réforme de la .

Nous sommes à un an de l’élection présidentielle et les sons qui nous parviennent  ne rassurent  pas quant à la reforme de la CEI. De son côté, le RJDP aussi prend position. Si jusqu’en 2020, le gouvernement refuse de reformer la CEI, comme vous le souhaitiez et  décide  d’organiser les élections sans l’opposition comme il l’a fait en 2015, que feriez-vous ?

Nous sommes des acteurs politiques et nous entrons en politique pour faire le bonheur des populations. Dans le cadre spirituel, l’on dit toujours qu’il faut mourir pour aller au paradis. Nous voulons  faire la politique pour le bien-être des personnes dont nous avons la gestion. Or la Commission électorale indépendante, et je suis bien  placé  pour en parler, parce que son président est issu du PDCI-RDA. Il ne faut pas croire que  quand nous suscitons  des rencontres, que nous  le faisons  dans un esprit de tension et de conflit.

Quand vous dites si le gouvernement ne réforme pas la CEI, vous faites quoi ?

Ce n’est pas comme cela qu’il faut aborder la question. Autant que nous sommes, que l’on soit au pouvoir, au gouvernement ou à l’opposition, nous sommes tous intelligents. Nous ne pouvons pas avoir les mêmes façons de voir les choses, mais la Côte d’Ivoire est une et indivisible et nous voulons la prospérité des Ivoiriens. Donc oublions ces histoires de tuer.

Combien de partis politiques se sont rapprochés du Pdci-Rda pour mener ce combat de la réforme de la CEI?

Nous sommes 24 partis politiques d’opposition qui discutent ensemble sur la question de la CEI. Le gouvernement a engagé avec l’opposition des discussions relatives à la reforme de la CEI. Malgré cela, l’opposition réclame  urgemment la reforme de cette commission en charge des élections.

Est-ce à dire que vous sentez dans la démarche du gouvernement qu’il ne veut pas de la reforme de la Cei. Si les propositions faites par les partis de l’opposition n’étaient pas retenues par le gouvernement, quelle action entendez-vous mener ?

Si le gouvernement ne procède pas à la reforme de la Cei,  c’est qu’il ne répond pas à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. Cet arrêt dit qu’il faut une Cei impartiale et indépendante des pouvoirs politiques et administratifs. Et l’arrêt dit. L’Etat de Côte d’Ivoire doit créer un organe électoral impartial. Modifier la loi n°2014-337 du 18 juin 2014 relative à la Commission électorale indépendante  pour la rendre conforme aux instruments juridiques internationaux qui s’imposent à la Côte d’Ivoire.

Par rapport à ce qui est dit,  nous pensons qu’il  faut la reforme de la CEI. Donc si le gouvernement ne reforme pas la CEI, c’est qu’il ne répond pas à ce qu’a dit la Cour africaine des droits de l’homme. Dans les partis politiques de l’opposition, nous avons pris notre temps pour  revoir tous les traités et tout ce qui concerne la  démocratie.

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Et en conclusion, nous disons que celui qui doit diriger la CEI, ne doit pas être d’un parti politique, il ne  doit pas  être le représentant du président de la république ou du président de l’Assemblée Nationale, mais une personnalité neutre. Nous ne faisons qu’appliquer ce qui a été demandé à la Côte d’Ivoire.

Donc ce n’est pas une question de s’opposer au gouvernement. Le gouvernement milite pour le bien des Ivoiriens, donc nous ne voulons plus de morts aux élections en Côte d’Ivoire. Nous partis politiques de l’opposition, nous militons pour qu’il ait zéro mort aux élections  en Côte d’Ivoire. C’est de cette Côte d’Ivoire que nous avons besoin.

Quelles sont les motivations des propositions que vous avez faites pour la reforme de la CEI, notamment sur le choix d’une personnalité de la société civile pour conduire cette commission ?

Pourquoi nous voulons que l’on change le nom de la Cei. C’est parce que son histoire véhicule des passés douloureux. Chaque fois que nous organisons des élections, il y a des morts d’hommes. La CEI, dans sa forme actuelle, a été mise en place après les accords de Linas Marcoussis. Le premier président de la CEI était Beugré Mambé, il était membre du secrétariat général du PDCI-RDA.  Quand on a enlevé Beugré Mambé à la tête de la CEI, il y a eu des difficultés.

Celui qui lui a succédé, le président Youssouf Bakayoko, était militant du PDCI. Mais cela n’a rien changé. Il y a des tensions fortes et le président Blaise Compaoré qui était facilitateur de la crise ivoirienne était obligé de venir en Côte d’Ivoire. Quand on avait demandé que Beugré Mambé quitte la CEI, nous avons frôlé la guerre civile.

Quand un homme politique ou un représentant d’un parti politique est mis à la tête de la CEI, il y a une suspicion légitime. Et les autres partis politiques l’accusent de tricherie. C’est par là que commence la crise de confiance suivie des violences. Même face  aux choses simples, l’on doute. Donc nous partis politiques de l’opposition, nous avons dit qu’il faut une reforme totale de la CEI. Vous réclamez le changement de dénomination de la CEI.

Quel nom proposez-vous ?

Quand on ira en discussion avec le gouvernement, on sortira notre nom mais nous on dit, ça ne doit plus s’appeler CEI.

Quelles sont les motivations de votre proposition de réforme ?

Les motivations de notre proposition de réforme, c’est pour répondre à l’arrêt de la Cour africaine des droits de l’homme parce que nous avons cité des traités internationaux. Il faut les appliquer. Nous disons qu’il faut une structure autonome, mais nous n’inventons rien. Allez à côté de nous, au Ghana, les élections se passent bien là-bas. Ils font leurs élections, et on sait comment ça se termine. Il y a une alternance. Si eux, ils le font pourquoi pas nous ? Si leur Commission électorale dit qu’elle organise les élections le 10 octobre, personne ne va se plaindre au gouvernement pour contester la date parce que tout le monde y est représenté.

Il y a les partis de l’opposition, il y a les partis au pouvoir. Ils discutent pour trouver une date consensuelle. Or aujourd’hui, le CEI propose une date pour les élections et le gouvernement change. Ici, le découpage électoral peut être changé par le gouvernement. Or, au Ghana, une fois le découpage est fait, tout le monde est d’accord.

Et il n’y a pas d’interférence parce que si une personnalité qui organise les élections ne sort pas d’un parti politique, non seulement les résultats seront acceptés, mais aussi il n’y aura aucun mort. Parce que chaque fois que nous organisons une activité que quelqu’un meurt, c’est un échec pour l’homme politique. On ne fait pas la politique pour tuer les gens.

Monsieur le secrétaire exécutif, le mouvement Renaissance PDCI créé par le vice-président de la République, Daniel Kablan Duncan, a mis ses hommes sur le terrain pour jeter un pont, dit-il, entre le président Henri Konan Bédié et le président Alassane Ouattara. Quelle est votre opinion sur cette démarche ?

Ce n’est pas un événement. On a réglé ça depuis le 15 octobre 2018 par l’organisation du 6è congrès extraordinaire du PDCI-RDA. Si vous voyez bien, ceux qui s’excitent, ce sont des ministres au gouvernement avec leur cabinet, personne d’autre ne les suit.  Donc c’est un épiphénomène et ils ne nous ébranlent guère. Nous sommes à un an et demi de la présidentielle de 2020.

Avez-vous donné un ultimatum au gouvernement pour la réforme de la CEI ?

Non, nous ne sommes pas dans des histoires d’ultimatum. Mais on dit qu’on veut aller à la discussion.

Vous parlez de confier la CEI à une personnalité de la société civile. Or en Côte d’Ivoire, on sait qu’il n’y a pas une société civile en tant que telle puisque ce sont des partis politiques qui suscitent la création de certaines organisations de la société civile et qui sont à la solde de ces partis politiques. Votre commentaire ?

Nous disons que la société civile prenne notre vie en main. Il y a des personnalités qui sont dans des structures, on les connait, mais elles n’ont pas de casquette de parti politique. elles ont leur opinion ; mais elles sont libres, elles sont nombreuses en Côte d’Ivoire. Donc, il ne faut pas désespérer de la société civile. La société civile peut bien tenir la Cei et vous verrez.

Votre mot de fin ?

Pour me résumer, les partis politiques de l’opposition disent un représentant de parti politique ne doit pas diriger la CEI qui doit être donnée à la Société civile. On ne veut plus du représentant du président de la République, On ne veut plus du représentant du président de l’Assemblée nationale. Les partis politiques doivent se mettre dans un comité pour contrôler et superviser ce qui se fait. Et le président de la CEI, les vice-présidents, le secrétaire général et les chefs de départements opérationnels doivent être recrutés par appel à candidatures.

Propos retranscrits par Prince Beganssou