Déclaration Sylvain Takoué, Président du Rassemblement des Fiers Ivoiriens (R.F.I.) à propos des détournements de deniers publics en Côte d’Ivoire.

L’une des plus belles paroles que disait, quand il était président de la République, était qu’ « On peut faire la politique sans mentir ». C’était, je crois, face aux religieux du pays, qu’il rencontrait pour des échanges, comme il en avait l’habitude.

Quand il leur avait dit ces paroles de sacerdoce, en martelant qu’on peut faire la politique sans mentir, il disait vrai, car c’est ça, l’idéal de la politique. Mais je pense qu’il devrait même dire qu’ « on doit faire la politique sans mentir », et ce serait vu comme une obligation morale. Car, on aurait tellement aimé que les hommes politiques soient des gens véridiques, qui ont la vérité dans la bouche. Mais le problème, malheureusement, est bien là : ils mentent comme on respire tous. Ils en ont même fait la règle de leurs ambitions.

Dans notre pays, cette règle de mentir au peuple est une pratique courante de nos hommes politiques. Ils l’ont tellement incrustée dans les mœurs, qu’on a fini par croire que la politique est l’art même de la mythomanie. Et tu as honte de dire que tu fais la politique, parce que tu sais très bien que les gens diront de toi, dans ton dos : « Croit-il qu’il réinventera la roue, celui-là ? Voilà un autre menteur » ! Je trouve que c’est regrettable.

Quand on écoute nos hommes politiques du pays dire des choses, promettre des choses impossibles, invraisemblables au peuple, surtout pour se faire accepter, et qu’ils font tout pour passer pour des anges et gagner ainsi la « confiance », on se demande bien si ce sont, finalement, des hommes, avec de la chair et des os, qui parlent à d’autres hommes, tellement ils ont la magie d’hypnotiser les consciences par ce parler facile qui fascine et qui est, en fait, une habile construction de verbiage creux, utopique.

Un exemple très parlant est là : pour se faire accepter comme président de la République, on a vu et entendu un homme politique du pays promettre des « pluies de milliards » au peuple, ici en Côte d’Ivoire. Mais depuis qu’il est président de la République, ces pluies de milliards sont-elles tombées, même au compte-gouttes ? Lui en demande-t-on même les nouvelles ?

« Un Président n’est rien…, s’il bouffe l’argent du pays, on doit le révoquer aussi… »

En deux mandats présidentiels de cinq ans chacun, cumulés avantageusement par lui, les Ivoiriens qui ont espéré voir ces pluies de mannes financières arroser leur quotidien sec et affluer dans leurs vies arides, n’ont-ils pas, au contraire, leurs yeux pour pleurer et faire plutôt couler des larmes de désillusion? N’entendent-ils plutôt pas parler de surendettement du pays, de revendications salariales des travailleurs de la Fonction publique, de revendications générales pour l’amélioration des conditions de vie sociale, de cherté excessive de la vie, de seuil de pauvreté dépassant 41%, de chômage-jeune chronique ? Ne vit-on pas, en Côte d’Ivoire, des temps financièrement durs, et même plus durs qu’avant ? La vie du peuple a-t-telle vraiment changé, du jour au lendemain ? S’est-elle améliorée ? Est-elle enviée et enviable ?

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La corruption de haut niveau n’est-elle pas, par ailleurs, une autre réalité, parce que rien n’est vraiment contrôlé par aucun instrument de moralisation de la vie publique du pays ? Mais, entre nous, qui contrôle quoi, et qui contrôle qui, en Côte d’Ivoire, après les grandes intentions dites publiquement sur la bonne gouvernance ?

On nous donne à voir, dans ce pays, que tout s’arrête aux discours d’intention, parfois musclés, prononcés, ici et là, par nos gouvernants, et c’est tout. Après, ce sont des lourdeurs, l’opacité qui s’installe, le laisser-aller qui repend droit. Alors, la question est là : qui contrôle quoi, et qui contrôle vraiment qui ? Où va l’argent qui est continuellement collecté dans les mains des contribuables ivoiriens et qui est brassé par les régies financières de l’Etat ? L’argent public, fruit des impôts que l’Etat fait strictement payer à ses citoyens, où va-t-il, au juste ? Qu’en fait-on exactement ?

On se le demande, parce que le constat amer est que l’argent public, que les économistes appellent « richesse nationale », n’est pas redistribué, ou ne l’est pas comme il faut. On se dit, et c’est l’opinion du peuple, que cet argent du pays est « bloqué » en haut, pour être redistribué uniquement, ou en plus grande partie, à ceux qui sont en haut et qui gouvernent en se satisfaisant seuls, au-dessus de la pauvreté de masse.

C’est quand un fait de corruption est soupçonné chez les petits poissons d’en bas, que c’est le tollé général, et que cela devient une affaire d’Etat. Mais, et les gros poissons du pays, ceux dont a parlé Paul Kagamé, le président du , qui était en visite chez nous ? Quand, eux, ils bouffent l’argent du pays, on ne doit rien en dire, parce qu’ils seraient intouchables ? Les dossiers de ce genre n’existent-ils pas chez nos « grands types » du pouvoir ? Peut-on vraiment et sérieusement mettre au défi, que personne, chez ces « grands quelqu’un », n’a gardé par devers lui, un seul franc de plus et de trop, à part son salaire, pris illicitement dans la caisse publique ? D’où sortent alors brusquement ces « nouveaux riches » qui tiennent le pays ?

Même un président de la République, s’il bouffe illicitement l’argent du pays et du peuple, il doit en rendre compte et on doit même le révoquer. Si on l’attrape, il doit payer pour ça, parce qu’un président n’est rien d’autre qu’un citoyen en qui ses autres concitoyens ont mis leur confiance pour lui dire : « C’est à toi qu’on a choisi, on te place comme président pour que tu gères nos affaires publiques et que tu veilles à ce que chacun de nous vive bien du fruit de l’argent que ces affaires publiques génèrent ». C’est tout. Il n’est pas question d’autre chose.

Mais, ici en Côte d’Ivoire, on fait croire qu’être président, c’est non seulement faire ce que tu veux de l’argent de tous, mais encore, c’est échapper à tout contrôle de tous. C’est faux ! Un président n’est qu’un exécutant de mandat. Il n’exécute que ce que le peuple, qui l’a mis là, veut et demande qu’il réalise pour le bien-être de tous, y compris lui-même. C’est pourquoi il incarne l’un des pouvoirs qu’on appelle l’Exécutif. C’est un haut commis, qu’on peut aussi contrôler et démettre, s’il exécute mal le mandat de gestion qui lui est donné.  Quand il est élu, c’est ce mandat de gérer les affaires du pays, qui lui est donné. Ce n’est pas dit qu’il a feu vert pour bouffer impunément l’argent de l’Etat, faire ce qu’il veut et comme il veut avec cela, et faire aussi bouffer ses amis avec qui il fait ce travail de gestion, pour lequel, d’ailleurs, lui et ses amis sont chèrement payés par l’Etat.

Donc, qu’on arrête de mentir au peuple et qu’on fasse croire qu’un président est au-dessus de tout soupçon, au-dessus de toute répréhension. Nous voulons que le mensonge d’Etat cesse. C’est pourquoi, tout devra être refait en Côte d’Ivoire par des réformes institutionnelles et politiques clés, qui touchent à la Constitution, au Code électoral, etc.

Il faut que, désormais, dans notre pays, un président de la République ne fasse plus ce qu’il veut avec les moyens de l’Etat. Il faut qu’il soit mis sous contrôle et que ses biens acquis, pendant sa présidence, soient justifiés et audités. Il faut qu’on sache publiquement le patrimoine qu’il avait avant de venir gérer le pouvoir d’Etat, et le patrimoine qu’il a amassé, en quittant le pouvoir. Ses ministres, présidents d’Institutions, directeurs généraux et présidents de conseils d’administration des sociétés d’Etat, et autres, placés à des postes nominatifs, doivent être soumis au même traitement de contrôle de rigueur, qui devra être édicté par la Constitution et le Code électoral.

Dans une République, dans un Etat de droit, c’est de cette façon que les choses fonctionnent. En Afrique du Sud, au Zimbabwe, au Rwanda, etc., cette loi du contrôle de rigueur est instaurée et ça marche bien. Pourquoi pas en Côte d’Ivoire ?

Un président n’est pas le supra-homme de la République, mais un citoyen que les autres citoyens nationaux du pays ont tout simplement désigné pour les représenter à la tête du pays et à qui il doit absolument rendre compte, à tout moment de son mandat, jusqu’à la fin de ce mandat. Si on veut que la loi soit égale pour tous, et que tous soient égaux devant la loi en Côte d’Ivoire, nous devons nous donner l’habitude de commencer par contrôler, sans complaisance, ce que le président de la République, lui-même, fait des moyens que l’Etat, organisation des affaires publiques, met à sa disposition dans le seul but de les utiliser impartialement pour l’intérêt et la satisfaction de tous. Est-ce ce qui se passe en Côte d’Ivoire ? On n’a pas besoin d’être un homme à part pour comprendre que cette disposition, si elle est prise et constitutionnalisée, est une évolution démocratique importante.

Sylvain Takoué, Président du Rassemblement des Fiers Ivoiriens (R.F.I