Les 18 000 tonnes de riz déchargé au Port d'Abidjan contiennent des anomalies selon le gouvernement

Après les résultats des analyses sur les 18 000 tonnes de riz avarié, , président de l’ () et vice-président de la (), dénonce des défaillances au niveau du contrôle de qualité des produits. Dans cette interview, il attire l’attention de l’Etat sur les dangers que les autorités portuaires font peser sur les consommateurs.

Yves Aka, en tant que président de l’Association pour la protection de la défense des intérêts des consommateurs de Côte d’Ivoire (Aprodici) et vice-président de la Confédération des organisations de consommateurs (Cocci), quel est votre commentaire sur les résultats des analyses des les 18 tonnes de riz Birman ?

Nous avons enfin les résultats des analyses qui confirment que le riz en question est avarié.  Au-delà de ce résultat, j’ai quelques inquiétudes focalisées sur la consommation de tous les produits qui entrent dans notre pays.  Après les rencontres qui ont eu lieu depuis le 19 mars 2019  au Port sur invitation du directeur général du Port afin que les autorités en charge du dossier de ce riz nous rassurent, les échanges  au cours de cette rencontre nous ont convaincus qu’il y a danger.

Pourquoi y a-t-il danger et à quel niveau ?

C’est lors de la rencontre en question que nous avons appris que ce riz a parcouru cinq (05) ports avant d’arriver en Côte d’Ivoire et notre pays est le sixième (6ème) Port. Et c’est encore en Côte d’Ivoire que cette cargaison de riz d’origine Birman a été acceptée.

Trouvez-vous cela curieux ?

Selon le directeur général du Port, une marchandise qui se promène sur la côte doit être entreposée et sécurisée quelque part pour ne pas qu’elle entre sur le marché de façon indue. Mais ce qui nous a intrigués dans nos échanges lors de cette rencontre au Port, c’est que l’administration chargée du contrôle des produits végétaux à savoir le ministère de l’Agriculture, à travers son service phytosanitaire représenté par une dame, a déclaré qu’elle n’était pas informée de l’arrivée de cette cargaison de riz. C’est le 19 mars, lors de notre réunion, qu’elle a eu l’information alors que ce riz a démarré depuis   août 2018 et est arrivé en Côte d’Ivoire le 10 mars.

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Nous avons trouvé cela anormal qu’une administration chargée de contrôler un produit ne soit pas informée de la présence de ce produit. Face à notre inquiétude, le directeur général soutenu par Mme le commandant des Douanes nous dit que c’est lorsque la déclaration de Douane est tirée sur le produit qui vient au Port que la procédure arrive au niveau du contrôle phytosanitaire. 

Ce qui serait logique pour vous, c’est la procédure inverse ?

Nous pensons que c’est l’inverse de cette procédure qui peut mieux protéger les consommateurs. Parce que ce qui se passe, c’est que c’est le produit déclaré en douane qui subit un contrôle phytosanitaire. Et donc tout produit qui n’est pas déclaré en douane ne peut pas faire obliger de contrôle phytosanitaire et peut entrer sur le marché sans contrôle pour mettre à mal la santé des consommateurs. Pour nous, c’est une inquiétude, une faille  du dispositif.

Que proposez-vous ?

Depuis 2013, il y a un programme qu’on appelle Programme de vérification à l’importation.

Comment fonctionne-t-il ?

Quand un produit ou une marchandise est importé, des vérifications se font sur place sur ce produit qui vient débarquer sur notre port. Le contrôle qui se fait est simplement documentaire. Les contrôleurs se limitent à ce niveau. Ils ne font pas de prélèvements d’échantillons pour vérifier la conformité de ce produit avec les normes qui existent.   C’est aussi le cas du Programme de vérification à l’importation, un contrôle visuel et physique qui a pris fin depuis 2013.  Il a fallu  le  programme de vérification de la conformité (Voc), nouveau programme que le ministère de Commerce a dû déclencher pendant cette crise de riz et qui a donné ce résultat. Le programme, en plus du contrôle documentaire, teste le produit dans les laboratoires à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

ce qui nous a intrigués dans nos échanges lors de cette rencontre au Port, c’est que l’administration chargée du contrôle des produits végétaux à savoir le ministère de l’Agriculture, à travers son service phytosanitaire représenté par une dame, a déclaré qu’elle n’était pas informée de l’arrivée de cette cargaison de riz.

C’est après ce contrôle que le programme atteste de la conformité d’un produit et l’accepte sur le marché.  Nous pensons que c’est ce travail qu’il faut faire pour protéger les consommateurs. Or jusque-là,  ce n’est pas ce qui est fait. Ce nouveau programme est un programme pilote qui n’est pas encore validé.  Mais je vais vous le dire, ce programme ne fait pas l’affaire de certaines administrations. Parce qu’il y a une sorte de concurrence entre les administrations au niveau du port, des cordons douaniers. L’administration des douanes a un objectif financier. C’est une régie financière qui ne pense qu’à faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat. A cause des objectifs à atteindre à la fin de chaque année, elle ne prend pas souvent la peine de vérifier la qualité des produits. L’administration des douanes a pour mission de dédouaner toute marchandise qui arrive et de capter  des devises. Or le faisant, on peut rendre malades les populations.

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Cette volonté de la douane de faire rentrer de l’argent et renflouer les caisses de l’Etat, fait qu’elle combat toutes  les autres procédures qui, pour elle, viennent ralentir son activité. Pour sauver les consommateurs, il faut que les administrations chargées de faire le contrôle, travaillent en symbiose.  Il faut que cessent les intérêts égoïstes pour ne regarder que les intérêts généraux, ceux des consommateurs. C’est pour cela que je propose encore qu’il faut un guichet unique de contrôle de qualité des produits à l’importation. Aujourd’hui, les consommateurs sont en danger parce que le dispositif  de contrôle est défaillant. Le dispositif de contrôle ne rassure pas. Notre objectif, c’est de dénoncer ce qui n’est pas bon pour que les choses changent dans l’intérêt des consommateurs. C’est pour cela que je suggère que la Côte d’Ivoire se dote d’un laboratoire de pointe. Il est incongru que nous envoyions nos échantillons  en Europe  pour des analyses.

Comme ce riz birman, pensez-vous que d’autres produits avariés ont également tenté de pénétrer sur le territoire ?

C’est tellement évident que l’Etat lui-même a prévu d’autres services. Ce sont les services de contrôles des agents assermentés du ministère du Commerce, la police économique etc. Tous ces agents assermentés sont sur le terrain parce qu’il y a  une faillite au niveau de nos cordons douaniers et des ports. Leur rôle est de rattraper  les insuffisances par des contrôles sur le marché. Vous-même, vous le savez, il y a toujours des incinérations de produits prohibés, frauduleux. C’est le signe qu’il y a danger. C’est maintenant aux services de contrôle de relever le défi et de faire en sorte que les consommateurs soient en sécurité. Ces 18 000 tonnes de riz avarié sont venues réveiller en nous, une conscience en tant que président d’association de consommateurs pour dire que nous devons faire notre travail de dénonciation, de proposition.

D’aucuns pensent que ce riz est déjà sur le marché ?

Moi, je parle avec des preuves. Tout ce que je dis, je le dis sur la base de documents. J’ai des documents des cinq (05) laboratoires qui ont fait des analyses dans la sous-région. J’ai des documents des six (06) ports qui ont été visités. Ce sont ces informations vérifiables que je suis en train d’exploiter. Je ne peux pas affirmer que ce riz est déjà sur le marché. Je ne peux pas le dire sans preuve. Faisons confiance à nos administrations. On nous a fait visiter les 18 000 tonnes de riz Birman stockées au port et sous douane et le riz sera détruit. Je voudrais rassurer les consommateurs que ce riz n’est pas sur le marché selon les informations que je détiens.

Moi, je parle avec des preuves. Tout ce que je dis, je le dis sur la base de documents. J’ai des documents des cinq (05) laboratoires qui ont fait des analyses dans la sous-région.

Mais je voudrais demander aux consommateurs d’être prudents et vigilants. Nous saisissons cette opportunité que nous offre cette crise de riz pour parler de tous les produits que nous consommons. Les produits contrefaits, les denrées alimentaires sur le marché, ils sont nombreux sur le marché. Avant d’acheter un produit, il faut toujours regarder la date de péremption.  Il y a des produits aussi exposés au soleil qui sont dangereux du fait de leur  mauvaise consommation. Le consommateur, en réalité, doit être lui-même sa propre police.

Après cette affaire de riz avarié, faut-il sanctionner ?

S’il y a faute, on peut sanctionner. Mais je dis que les autorités en charge de la protection des consommateurs doivent prendre toutes les mesures pour que nous soyons protégés en tant que consommateurs.

Interview réalisée par DJE KM