Alain Cocauthrey et René Koumoin, sénateurs de la région du Gbêkê
L’analyste politique

, André Silver Konan prévient : « Ce qui est arrivé à Bouaké pourrait arriver à la présidentielle 2020 ». Lire son décryptage.

Que retenir de la victoire des indépendants dans le Gbêkê, le Boukani et à Yamoussoukro ? Trois ou quatre choses. D’abord dans le Gboklê, ceux qui ont été élus n’étaient pas forcément les plus nantis (les candidats du RHDP ayant bénéficié de financements d’au moins trois ministres du gouvernement, dont Sidy Touré, député de Béoumi). C’est la preuve que l’argent ne suffit pas toujours à corrompre des électeurs. Ce qui n’était pas forcément le cas à Yamoussoukro, où l’argent a bel et bien circulé, là bas aussi, au moins un ministre était derrière, non pas le RHDP, mais les indépendants. Ironie du jeu politique…

« si les top managements du PDCI et du RDR continuent d’appliquer une politique de l’autruche, ce qui est arrivé dans ces trois régions, risque d’arriver en 2020 à la présidentielle »

Bref. Ceci est un détail, passons aux choses sérieuses. Derrière la défaite des candidats officiels du RHDP se cache une chose simple : le prolongement de la guerre PDCI-RDR, à propos du parti unifié. Dans le Gbêkê, seul le conseil municipal de Bouaké, dirigé par Nicoals Djibo (RDR) a joué franchement le jeu du RHDP qui avait deux candidats issus des deux partis (PDCI et RDR), les résultats en témoignent.
Les autres conseils municipaux et régional dominés par le PDCI ont préféré jouer la carte des indépendants, issu et proche du PDCI et du PDCI seulement. Ceux-ci ont d’ailleurs battu campagne sur le retour aux affaires du PDCI, tout en s’attaquant clairement au parti unifié. Mais ce n’est pas tout. Derrière la fronde contre les candidats officiels du RHDP se cache cette rancœur dont les natifs de Bouaké ont toujours du mal à se défaire : le rejet de la rébellion qu’ils ont subie en silence, pendant près de dix ans. Les candidats du RHDP avaient pour directeurs adjoints de campagne, des députés RDR issus de l’ex-rébellion et le candidat du RDR avait flirté avec les anciens compagnons de Guillaume Soro…

Politique de l’autruche et parti unifié

A Yamoussoukro, il y avait d’un côté, les caciques du PDCI qui refusent le parti unifié et de l’autre, les partisans du parti unifié qui se sont portés indépendants, issus à la fois du PDCI et du RDR. Il faut surtout retenir de la belle claque reçue par le maire sortant Jean Kouacou Gnrangbé (qui doit comprendre qu’il est temps pour lui de passer la main) et son colisitier Djédji N’Goran, que tous ceux qui, aujourd’hui crient « Bédié, Bédié », au PDCI, ne sont pas forcément les plus populaires dans leurs bases. Bédié devrait sans doute le comprendre. En effet, le maire sortant et son colistier étaient deux principaux organisateurs de la cérémonie d’hommage au Bouddha, à Yamoussoukro, quelques jours plus tôt…
Dans le Boukani, c’est toujours une guerre PDCI-RDR et toujours en toile de fond, le parti unifié. Les deux élus indépendants sont tous les deux issus du PDCI, ils ont été des collaborateurs de KKB à la JPDCI. Comme le PDCI l’avait refusé au RDR, à Yamoussoukro, en présentant une liste typiquement PDCI, le RDR l’a aussi refusé dans le Boukani au PDCI, en présentant une liste typiquement RDR. Celle-ci, comme à Yamoussoukro, s’est prise une raclée.
Que faut-il, en fin de compte, retenir ? Eh bien, si les top managements du PDCI et du RDR continuent d’appliquer une politique de l’autruche, ce qui est arrivé dans ces trois régions, risque d’arriver en 2020 à la présidentielle. Un ticket serait alors présenté, au titre du parti unifié qui aura été mis en place, au forceps, mais comme dans le Gbêkê, le Boukani et à Yamoussoukro, l’hypocrisie et le double jeu des uns et des autres, ferait simplement le jeu d’un ticket d’indépendants. Qui vivra verra !

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